Vise un peu le bolide !

Vieillerie

J’habite depuis 2017 une maison en campagne. Je vous passe les détails de cette épique recherche de logement. Quand tu trouves un propriétaire ou une agence qui ne te refuse pas, car ton statut méconnu est accompagné par pôle emploi, ça te semble presque incroyable. Vu le flux tendu du marché, il faut se positionner rapidement.

C’est donc dans cette maison des années 1970 que je réside, nous sommes deux dans le foyer avec un chat.

Mais quel intérêt de vous parler de ça ?

Nous sommes actuellement utilisateurs d’une chaudière dont le combustible est l’un des plus nocif pour notre chère planète à savoir du fioul domestique. Fortement productrice de gaz à effet de serre. Oui, on peut se dire que ça pollue, et que je devrais changer de système. Quand tu loues un logement, ce n’est pas forcément le système de chauffage que tu considères en premier. Ainsi, l’observation et la compréhension de l’environnement dans lequel nous évoluons participent à l’adaptation, et donc selon les contraintes, on essaie de faire au mieux.

Comme on dit, les cordonniers sont les plus mal chauffés… Euuh chaussés.

Dans ces conditions, même si on ne peut pas réaliser de gros travaux, car ce n’est pas chez nous. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire. Lorsqu’on vend de la performance énergétique sur les bâtiments, pour un minimum de crédibilité, autant l’expérimenter d’abord chez soi.

On peux trouver que tout est simple et évident. On peux penser que ça va marcher tout seul une fois au commandes de cette belle voiture de course qu’on s’était imaginé. Cependant, lorsqu’on tombe sur une occasion, dès fois, c’est plus simple de s’adapter. Et je reste certain que quelqu’un d’expérimenté sera probablement faire n’importe quoi d’une vieille épave.

Sobriété donc. C’est-à-dire diminuer les consommations, pour réduire le confort ? Ce raccourci étant bien sûr, trop simple pour être doué d’une quelconque pertinence.

Alors, en bon énergéticien, je pars à la chasse aux économies d’énergie, chez moi. En occurrence, on abordera le sujet de l’apport de chaleur dans ces locaux existants sans rien toucher à l’installation. Car en ce qui concerne l’installation de chauffage de cette maison, je dois dire que c’est bien plus qu’une simple relation qui commence à se créer. Alors, ce n’est pas sans compter sur l’expérience du pilote.

Venez ! Entrez ! Je vous embarque dans mon vaisseau spatial !

Ah, ce vieux rafiot…

Cette maison a été construite au moment où on commençait à isoler les bâtiments. C’est un type 3 avec 2 chambres dont l’une nous sert de bureau. Elle est orientée est / ouest. Il y a environ 5 cm de laine minérale comprise entre un rang de parpaings et un rang de brique plâtrière. Autant dire qu’un isolant de plus de 40 ans, c’est peanuts.

Elle se compose de deux étages dont la toiture laisse des surfaces sous rampants, d’autres sous combles. Je n’ai pas été voir sous les toits, mais j’imagine que ça ne doit pas être flagrant non plus. Deux fenêtres de toit (type Vélux) ont été remplacées quand nous sommes arrivés. Ce sont certainement les éléments les plus performants de toute la maison.

Chaudière disco

Elle est disposée sur un sous-sol intégral ou presque. Le plancher bas donnant sur le garage a été isolé après coup par un polystyrène. Cependant, il y a des portions sans isolant, car les lampes et les tuyaux sont restés en place lors de la pose.

Les fenêtres sont en double vitrage d’il y a une vingtaine d’année avec de l’air dedans. Autant dire qu’elles ne sont pas très performantes. Et puis ça fuie de partout, alors, l’étanchéité à l’air, ce n’est pas forcément ce que je recherche.

Il reste la porte d’entrée qui me donne des sueurs froides rien qu’à y penser. Elle est en bois avec une vitre en simple vitrage qui prend presque toute la place (j’imagine d’origine). Elle a pour conséquence de refroidir tout ce grand hall d’entrée où se trouve la cage d’escalier. Or, celui-ci fait partie de l’enveloppe chauffée, mais reste certainement la zone la moins “chauffable” avec les WC qui d’ailleurs n’ont pas de radiateurs.

Cette représentation synthétique du bâti et de ces quelques éléments structurels nous donne un aperçu global des espaces. Mais elle traduit encore aujourd’hui une majorité des constructions que l’on rencontre lorsqu’on fait des diagnostics énergétiques chez les particuliers.

Pour les éléments techniques, il s’agit d’une ventilation totalement naturelle avec des grilles d’entrées d’air. Il y en a trois, une dans le séjour cuisine, une dans le WC du RDC (qui est non chauffé), une dans la salle de bain à l’étage. Il y a un ballon électrique de 150L, et une chaudière.

Sans trop vous tromper, vous pourriez classer cette installation selon la notation DPE (Diagnostic de performance énergétique) dans le bas du tableau.

Je vous ai déjà parlé de ma chaudière ?

Notre chaudière, c’est tout un poème. Je ne pense pas être sorti du premier bain, mais pourtant, il se passe des choses qui ne devraient pas arriver.

Elle tombe en panne.

Oui, assez souvent.

Chaudière panne

Tout a commencé lorsque nous avons emménagé. On se dit chouette, il y a un thermostat. C’est quand même mieux que dans la collocation précédente, on va pouvoir gérer des relances de chauffage ! C’est sans compter la robustesse du système. Il m’a fallu presque deux ans pour comprendre qu’il ne fonctionnait pas correctement.

La cause, c’était le thermostat. Il était comme bloqué, impossible de gérer de périodes plus ou moins chaudes. Lorsqu’il faisait trop chaud, j’indiquais au thermostat de chauffer moins, et vice-versa, ça ne changeait absolument rien. On avait beau programmer différentes périodes avec différentes consignes, cela n’avait aucun effet.

Alors, puisqu’il ne fonctionnait pas, je lui ai enlevé les piles. De cette façon, il ne consommait pas d’énergie pour rien. Et puis, comme ça ne changeait absolument rien, alors cette situation restait convenable. Au moins, je pouvais régler le “volume” directement sur la chaudière. Je pouvais mettre un peu plus de chaud lorsque le temps le demandait. Lors des périodes d’absence plus ou moins longues, je pouvais carrément mettre le minimal. Vous savez, au niveau des indications : une, deux ou trois flammes. Ce genre de produit s’adresse à une majeur partie d’une population, alors il n’y a guère besoin d’en savoir plus…

Tel le démarrage d’une fusée, je pilotais au mieux ces instruments. On pouvait entendre cet horrible ronronnement de la chaudière qui faisait vibrer toute la maison, rythmant aléatoirement des cycles d’allumage.

Et oui, ça a duré plus de deux ans comme ça.

Un petit ravitaillement s’impose

Nous avons eu quelques déboires pour démarrer cette nouvelle saison. Le régulateur rattaché au thermostat a lui aussi décidé de se rebeller. Celui-ci mettait en défaut la pompe de circulation, elle ne tournait plus. Et comme une panne n’arrive jamais seule, les raccords vieillissants entre la cuve et le brûleur nous ont causées des fuites de carburant.

Finalement, au moment où tu souhaites tout mettre en marche, c’est là que ça lâche. Impossible d’allumer pendant plus de deux semaines. Et à l’extérieur, ça commençait à descendre sous les 5°C !

Doucement, au terme des deux semaines, les températures chutent, les murs se refroidissent. 

Lorsque tu vis dans 13°C, ce sont les appoints électriques qui te réchauffent un peu. On arrive à maintenir un niveau convenable très localement. Il est donc possible de se rendre compte que la qualité d’un chauffage central n’a pas du tout la même réactivité que celle d’un appoint soufflant ou rayonnant. Ainsi, avec seulement un soufflant dans le séjour, il me faut environ une heure pour monter de 13°C à 16°C, et il n’arrive pas à pousser plus haut.

Chauffer de l’air, c’est très coûteux, donc, les moments où il n’y a personne, les appoints ne sont pas allumés, et la température chute, brutalement. Alors, tu fermes les portes, tu cloisonnes tout, tu t’habilles bien : gros pull écharpe et caleçon long obligatoire. Tu privilégies les espaces à maintenir au chaud. Tu bouges.

Mais c’est sans compter l’intervention de mon Plombier chauffagiste !

Tel le Messie que l’on attend depuis un long moment. Lorsqu’une panne survient, il est là pour démonter la bête. Souvent, pour remplacer la buse du brûleur, elle se bouche à cause de la qualité du fioul ou de saletés…

Alors, en discutant avec lui, nous avons décidé de shunter toute cette électronique. C’est-à-dire de brancher directement la pompe de circulation sur la chaudière. Elle assure ainsi un fonctionnement constant dès que la chaudière est allumée.

Ce fonctionnement constant de la pompe va certainement à l’encontre des mesures d’économies d’énergie. Néanmoins, c’est toute l’installation qui fonctionne mieux, désormais, je peux régler la température du réseau par la vanne 4 voies.

3, 2, 1 Décollage !

Chaudière maison

Avec ce système central, il me faut environ 5 à 6h pour monter de 13 à 16°C lorsqu’il fait 0°C dehors. Cet écart par rapport à un appoint soufflant est considérable. Logiquement, c’est lié à la puissance émise dans la pièce. Cela traduit la réactivité de tout ce système, j’ai une puissance plus importante mais répartie entre chaque émetteur de la maison. De plus, c’est de l’eau qui est chauffée, c’est-à-dire qu’a quantité d’énergie identique, j’aurai moins de volume, mais plus d’inertie qu’en chauffant de l’air. Les radiateurs en fonte demandent de la basse température (dite aussi chaleur douce).

En poursuivant sur cette lancée, les sacro-saint 19°C seront atteint le lendemain en fin d’après-midi. Or, ce n’est pas du tout l’objectif, rappelons nous que la consigne ne rime pas forcément avec confort. C’est donc le moment de faire deux trois réglages. Pour ça, on peut se baser sur le voyant de la chaudière indiquant la température de départ.

Cependant, il y a un moment où la température de départ ne doit pas être trop basse. Sinon ça entraîne des mauvaises circulations dans le réseau. En dessous de 35°C, l’eau ne circule pas bien dans les radiateurs. Autant dire que les réduits de températures, nocturne on peut les oublier.

On comprend donc que le fonctionnement des radiateurs par convection naturelle nécessite de chauffer les murs. Lorsque les températures extérieures sont trop basses, la puissance requise pour chauffer serait trop faible avec des appoints. Les appoints seuls ne permettent pas de réaliser ce qu’on demande, puisque des murs trop froids deviennent inconfortables. Même s’ils apportent un peu de chaleur ponctuellement, le fonctionnement permanent deviendrait probablement contreproductif du point de vue énergétique.

Nous nous contentons pour l’instant du fonctionnement constant de la chaudière en mode “deux flammes”, c’est-à-dire que ça oscille entre 15 et 17°C suivant le climat. Et pour l’instant, ça nous convient très bien. Le fait de rester sur une température stable mais relativement basse permet justement d’avoir une “plage de vol” correspondant à notre usage. Les chambres, qui ont de plus petits émetteurs tournent aux alentours de 13°C.

Vol stationnaire, OK !

On ne peut pas parler d’énergie sur les bâtiments, sans évoquer un poil l’usage de celui-ci.

Comme je travaille à domicile, la maison est habitée quasiment tout le temps, sauf le jeudi où je suis à l’espace de coworking de Plougastel.

Il s’agit donc d’une occupation relativement longue. Je chauffe l’espace ou je me trouve, et lors des activités plus informelles, chacun prends sa petite couverture. Ça participe aussi à notre petit cocon, mais aussi à récupérer le chat !

Ce fonctionnement permanent reste donc en adéquation avec l’usage que l’on en a. Il m’arrive également de couper certains émetteurs de temps en temps. Les appoints nettement plus réactifs ne sont utilisés que très ponctuellement comme dans la salle de bain par exemple. Sans oublier quelques bouillottes, très agréables au niveau des pieds dans un lit froid.

Je peux couper là où ça me semble pertinent pour un week-end, ou lors d’une absence prolongée. En sachant que lorsque je rentrerais, j’aurais une bonne marge pour la remise en chauffe. Donc, pour une soirée, ce n’est pas forcément pertinent. Car vu la réactivité du système, difficile de faire autrement.

Effectivement, cette maison n’est pas forcément un exemple de performance énergétique à proprement parler. On pourrait même parler de vieille breloque. Car lorsqu’on met les mains dans la technique, les problèmes arrivent à la pelle.

Avant de faire quelques estimations en vue d’une éventuelle rénovation. Il faut, je pense connaître ce point de fonctionnement minimal que l’on peut atteindre. Cette limite acceptable par tous les membres du foyer, et ce n’est pas notre petit chat qui nous dira le contraire !

Dans une autre typologie, ça aurait peut-être été différent. Or, comme je connais les réactions de ce bâtiment et ce qu’il a dans le ventre, je peux les adapter à mon besoin.

Ah, cette brave petite bécane

Chaudière premier prix d’occasion. Mon propriétaire a t-il raison de vouloir faire des économies sur des éléments de second plan, car il ne vit pas dedans ? Je ne sais pas et peut-être que j’aurai fait pareil, je ne suis pas dans sa situation. Un bâtiment de ce genre possède une histoire qui le rattache d’un côté aux propriétaires, et d’un autre côté aux locataires. Chacun avec des projections différentes.

La cuve qui a plus de 40 ans, elle arrive aussi en fin de vie. Alors, avant qu’une catastrophe n’arrive, je pense qu’il faudrait voir pour la remplacer, on commence à voir de la corrosion dessus…

Je veux bien discuter avec mon propriétaire, lui dire qu’il faudrait faire quelques travaux, néanmoins ce genre de décision ne dépend pas de notre volonté. Et pour bien faire les choses, c’est toute cette installation qui mériterait un sérieux coup de jeune, il faudrait tout reprendre, à commencer par l’isolation.

Quoi qu’il en soit, cette chaudière, elle bien est là disposée dans notre garage. Et elle surprend à chaque fois mon chauffagiste par la rapidité de montée en température de son corps de chauffe. En une minute, elle est prête à distribuer sa chaleur.

Ce témoignage reste pourtant révélateur des problèmes énergétiques que l’on rencontre actuellement sur la manière de gérer un “chauffage central”. Personne dans la vie ne vous apprend comment ça fonctionne, ni pourquoi il y a du chauffage. Et étant locataire, nous ne sommes pas propriétaires des murs, même si on souhaiterait s’y projeter, nous ne pouvons pas nous investir pleinement pour le moment.

Ne vous inquiétez pas, même si cette vieille cuve à fioul montre ses rides, si vous venez chez moi, vous serez accueilli comme il se doit, dans un espace douillet et chaleureux, vous verrez, il y a bien d’autres choses qui rendent cette bâtisse agréable à vivre.

En revanche, les méthodes officiels (DPE ou réglementaire RT ou RE) ne raisonnent pas forcément de cette manière. Alors ça nous laisse de quoi quantifier tout ça lors d’un prochain article.

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